Il est l’archétype du gars dont toutes les femmes sont «gagas». Rencontre avec le porte-étendard d’une génération d’hommes ni roses, ni machos.
Patrice Robitaille n’avait que 15 ans, mais il parle encore de son premier boulot avec beaucoup d’humour: «J’étais serveur dans un bingo. Je vendais des guedilles, des liqueurs et des chips. C’était difficile parce que toutes les dames avaient une tête grise, et je devais me souvenir laquelle m’avait demandé un sac de chips au vinaigre», se rappelle-t-il, entre deux éclats de rires. Le ton est lancé. Sans ambages, Patrice Robitaille dit les choses telles qu’elles sont. «Il y a beaucoup d’acteurs qui donnent des entrevues sans vraiment révéler ce qu’ils pensent. Moi, j’ai envie de dire les vraies affaires. Je préfère donner des entrevues avec parcimonie, mais le faire lorsque j’ai des choses à dire. Je suis un gars fidèle dans la vie et je veux aussi l’être dans mes entretiens avec les journalistes.»
Singulier pluriel
Natif de la ville de Québec, Patrice Robitaille termine ses classes au Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 1998. En quelques années, il gravit les échelons de la notoriété. La vie a été faste pour le jeune acteur de 32 ans: le milieu artistique le perçoit comme un acteur solide, charismatique et doté d’une présence remarquable, tant sur les planches qu’au cinéma. Sa carrière est d’ailleurs très prolifique: avec Québec-Montréal, Horloge biologique, Le Survenant, Maurice Richard et Cheech. Robitaille s’est retrouvé aux génériques de plus de longs métrages que n’importe quel autre acteur québécois ces derniers temps. «C’est vrai que, depuis quelques années, j’ai été de la distribution de plusieurs films. Mais je n’avais pas des premiers rôles dans toutes ces productions, précise-t-il. Je ne pense pas que les gens avaient l’impression d’aller voir un autre film de Patrice Robitaille.»
Grossiers personnages
Si tous ces rôles au cinéma ont fait de lui une star, ils l’ont également cloisonné dans l’archétype du nouveau Homo Québecus. À la télévision, la série Les Invincibles l’a replongé dans ce même univers de «mâle» de vivre, où s’entrecroisent les destins de gars souvent grossiers et immatures, mais ô combien fragiles et sensibles. Patrice y campe Steve Chouinard, l’invincible à l’orientation sexuelle ambiguë. Ces préférences sexuelles ont d’ailleurs dérangé quelques téléspectateurs qui ont écrit à la Société Radio-Canada pour que son personnage reprenne le «droit chemin». Qu’importe! Ces quelques commentaires n’ont rien fait pour enlever au comédien l’envie de défendre son personnage: «Un acteur n’est que la somme des rôles qu’il interprète. Je suis vraiment heureux de pouvoir jouer des rôles de plus en plus diversifiés. D’ailleurs, je peux déjà vous promettre un éventail de rôles encore plus diversifiés au cours de la prochaine année.»
Entre temps...
D’ici là, entre ses projets pour le grand et le petit écran, le nouveau père de famille en profite pour rester à la maison avec sa petite fille d’un an. Il veut savourer le plus de temps possible avec sa conjointe, Elisapie Isaac, la chanteuse du groupe de musique amérindienne Taima.
La tête bien vissée sur les épaules, Patrice Robitaille garde une attitude on ne peut plus cool devant son succès: «Je persiste à dire que je suis chanceux de travailler autant. Je connais plein d’interprètes bourrés de talent qui ne travaillent pas. Ça me chagrine beaucoup. Je sais que les rôles pourraient arrêter de s’enchaîner du jour au lendemain. Rien n’est acquis.» Sauf, peut-être, lorsqu’on est un Invincible…
|