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Entrevue
L'abécédaire de Marie-Josée Croze

Par Toby Leclerc

Ce mois-ci, dans Le Scaphandre et le papillon , Marie-Josée Croze incarne l'orthophoniste d'un homme victime du locked-in syndrome . Émouvante rencontre pour une histoire vécue.

Le Scaphandre et le papillon , c'est une histoire touchante, bouleversante et surtout, vraie. Du jour au lendemain, Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef de Elle , le magazine parisien le plus influent en matière de mode, est victime d'une attaque. Lorsqu'il se réveille, il réalise qu'il est couché dans un lit d'hôpital et qu'il ne peut pas bouger. Mais le pire dans tout cela, c'est qu'il ne peut plus parler. Sitôt le choc initial passé, il décide de réapprendre à communiquer coûte que coûte. Le seul moyen d'y arriver, c'est de cligner de la paupière pour épeler les mots qu'il désire transmettre, tandis qu'une personne lui récite l'alphabet à voix haute. Dans le film de Julian Schnabel, cette personne-là, c'est Marie-Josée Croze.

Parler sans parler
Dans l'opus, l'actrice originaire de Montréal, qui a déménagé à Paris après le succès des Invasions Barbares , se glisse dans la peau d'une orthophoniste douce, mais aussi très déterminée. C'est elle qui réapprend à Jean-Dominique Bauby comment communiquer avec le monde extérieur grâce à une méthode inédite. «C'était un rôle très délicat et très complexe, se souvient-elle. Après tout, c'est un peu mon personnage qui explique au public ce qui va se produire dans la suite du film en entier, c'est-à-dire que c'est moi qui introduit l'idée de parler grâce à cette méthode de clignements de paupière. Comme mon texte se compose d'un enchaînement de lettres, il fallait vraiment que je trouve une façon de les réciter pour ne pas que les spectateurs trouvent ça ennuyant et qu'ils s'endorment!»

Pari réussi!
C'est une performance extrêmement troublante que nous livre l'actrice de 37 ans. Et on la trouve encore plus troublante lorsque l'on sait que son personnage est aussi inspiré de l'expérience d'un être réel. «La dame que j'incarne, je l'ai rencontrée, assure Croze. Elle m'a beaucoup parlé de sa relation avec Jean-Dominique. Ça m'a énormément aidée à cerner la situation...» Ce qui aura également aidé Marie-Josée Croze, ce sont aussi ses prestations précédentes, notamment dans Les Invasions Barbares de Denys Arcand et dans Munich de Steven Spielberg. C'est grâce à elles que l'actrice est tombée dans l'œil du réalisateur du Scaphandre... Et ce, même si ce sont des rôles secondaires. «Je n'ai pas auditionné pour le rôle. Un jour, j'ai eu un coup de fil du directeur de casting pour arranger une rencontre avec Julian (Schnabel). Nous nous sommes donc vus, nous avons parlé, et puis, voilà! Ça s'est fait naturellement...»

Chassez le naturel...
Marie-Josée Croze affirme d'ailleurs que, souvent, elle se fie à son instinct et laisse les choses se faire naturellement au niveau de sa profession. «Je me dis toujours que si je m'entends bien avec le réalisateur et que j'ai aimé ce qu'il a fait auparavant, il n'y a pas de raison pour que je me trompe. Jusqu'à aujourd'hui, j'ai généralement fait des bons choix, parce que je crois beaucoup à ces choses-là. Je me dis qu'il faut parfois attendre. Je ne force rien.»

Qualité versus quantité, l'artiste n'hésite pas une seconde. «Je ne me dis pas qu'il faut que je fasse mille films. Il y a des gens qui en font des tonnes, mais ce sont des réalisateurs, pas des acteurs. J'aime travailler, mais pas à n'importe quel prix. Il faut faire les bons choix. Par exemple, Le Scaphandre et le papillon , c'en est un. C'est un film que j'adore et je suis vraiment très fière de le défendre.»


L'action du film Le Scaphandre et le papillon se déroule pratiquement en entier dans un hôpital situé à Berck, un village au bord de la mer qui se trouve à plusieurs centaines de kilomètres de Paris. Mais les figurants du film ne sont pas que de simples figurants. Il s'agit véritablement du personnel habituel des lieux, et donc, entourée d'authentiques docteurs, Marie-Josée Croze a eu le coup de main nécessaire pour rendre son personnage encore plus crédible. «Il a fallu que j'apprenne le langage hospitalier, celui que les médecins utilisent avec leurs patients. C'est vraiment quelque chose qui s'apprend, et non quelque chose qui s'invente. J'ai rencontré des orthophonistes et une patiente qui souffrait aussi du locked-in syndrome . Elle n'était pas aussi atteinte que Jean-Dominique Bauby, mais tout de même... Ça m'a permis de mieux comprendre ce qui se passe dans un cas comme ça.»


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