Dans Ma fille, mon ange, Karine Vanasse retire son costume de jeune première et exhibe celui d’un personnage œuvrant dans le milieu du cybersexe.
Karine Vanasse le reconnaît elle-même: incarner le rôle d’une exhibitionniste travaillant sur Internet est plutôt loin de son registre habituel. «Si l’on avait fait circuler la feuille de casting pour ce personnage, mon nom ne serait sûrement pas sorti au premier tour, rigole la jeune actrice au bout du fil. Je crois que les gens ne m’imaginent pas nécessairement dans un rôle de séductrice.»
Un contre-emploi
Cela n’empêche pas la comédienne d’assumer pleinement ce contre-emploi, bien qu’elle avoue du même souffle craindre un peu ce changement de cap. «Je suis habituée à jouer des personnages qu’on veut prendre sous son aile, avance-t-elle d’une voix assurée. Ce rôle me faisait peur et j’avoue que je suis encore un peu craintive, même si le tournage est terminé. Tu ne veux pas nécessairement quitter l’image de la petite fille, ce n’est pas évident. J’ai dû mettre tout cela de côté, m’en détacher le plus possible pour pouvoir rendre justice au scénario», raconte celle qui, à 23 ans, a déjà été couronnée de deux prix Jutra dans la catégorie meilleure actrice, pour ses rôles dans Emporte-moi et Un homme et son péché.
De fil en aiguille
Pourtant, au début du long métrage, le personnage de Nathalie Dagenais (incarné par Vanasse) a tout de la jeune femme modèle. Enfant unique, à peine sortie de l’adolescence, Nathalie quitte le nid familial de Québec et part seule étudier le droit dans une université montréalaise. «Ses parents sont hyper aimants, tout semble bien aller, raconte la comédienne. Mais sa meilleure amie est danseuse nue dans un bar. Un soir, Nathalie va la voir et remarque la façon dont les hommes la regardent. Elle va vouloir ressentir la même chose, se payer un trip semblable.» Elle se retrouve donc à l’emploi d’un site Internet pornographique. Sa famille n’a aucune idée de sa nouvelle situation jusqu’à ce qu’un soir, son père (Michel Côté) découvre toute la vérité. Lui-même à la recherche de cybersexe, le paternel se rend sur la toile et réalise à son grand étonnement que le visage de sa progéniture tapisse les pages d’un portail… pour adultes seulement. Ahuri, sous le choc, il se rend illico à Montréal, question de récupérer sa fille, son ange. «C’est intéressant comme film parce qu’il questionne non seulement les femmes, mais aussi les hommes qui les regardent, un peu comme le père de Nathalie», ajoute-t-elle.
Sur le terrain
Le film, réalisé par Alexis Durand-Brault (le directeur photo du film Elles étaient cinq), sert à démystifier une réalité qui, selon l’actrice, est beaucoup plus commune qu’on puisse se l’imaginer. «Ce sont souvent des petites filles de bonnes familles qui se retrouvent sur ces sites, affirme-t-elle. Elles ont besoin de se trouver elles-mêmes, de se détacher de ce qu’elles ont appris de leurs parents.»
Karine Vanasse en sait quelque chose: pour se préparer au tournage, la comédienne a fait la connaissance de nombreuses femmes travaillant dans le milieu de la cyberpornographie. «Ce n’était pas toujours évident, confesse-t-elle. Ce que j’ai remarqué, c’est qu’elles ressentent une espèce de satisfaction à aller chercher le regard des autres. Par exemple, une fille que je voyais pour la première fois était vraiment excitée de me montrer ses photos les plus récentes. Je trouvais ça étrange, je ne comprenais pas que quelqu’un veuille partager ce genre de clichés, juste comme ça, avec une inconnue.»
Une expérience enrichissante
Rencontrer ces jeunes filles – souvent du même âge qu’elle et parfois plus jeune – s’exhibant devant les yeux anonymes du cyberespace aura été une expérience enrichissante pour Karine Vanasse. «Je ne sais pas exactement ce que ce film va m’apporter à long terme. Mais ce qui est nouveau pour moi, c’est qu’avant d’arriver à comprendre mon personnage, j’ai d’abord dû la juger. Je crois que les spectateurs devront faire la même chose. Et ça, c’est vraiment intéressant.»
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