Il fallait beaucoup de courage pour se lancer dans La Lâcheté . Retour sur une expérience marquante avec Hélène Florent, à l'occasion de la projection du film de Marc Bisaillon sur les ondes de Super Écran.
Inspiré d'une histoire vraie... Immédiatement, les cinéphiles ont été intrigués. Certains ont aussi été choqués. Car La Lâcheté est un film inspiré d'un fait divers sordide survenu en 1961. Une adolescente de 16 ans, vivant dans la région de Shawinigan-Sud, avait répondu à une annonce pour garder des enfants. Elle n'est jamais revenue de son rendez-vous. Un homme du nom de Marcel Bernier a été arrêté et accusé du crime, mais jusqu'au bout, il a soutenu qu'il était innocent.
Dans La Lâcheté , l'œuvre cinématographique qui reprend quelques-uns de ces éléments, le réalisateur Marc Bisaillon a souhaité adapter l'histoire de ce crime horrible. Hélène Florent y incarne le rôle d'une prostituée qui organise avec son souteneur l'enlèvement d'une jeune fille. En marge de tout cela, elle vit une histoire d'amour malsaine avec un homme marié (un personnage inspiré de Bernier, incarné par Denis Trudel). «Je n'avais pas lu beaucoup à propos des faits réels, nous confie l'actrice. J'ai rapidement essayé de me distancier en me disant que c'était une fiction. Avant et pendant le tournage, je n'ai jamais eu de malaises. Mais quand une polémique est née et que le film est sorti, j'avoue que pendant quelques jours, j'ai eu des moments de doute...»
Fiction vs réalité
L'artiste n'est cependant pas restée indéfiniment en proie à ses craintes. «Finalement, Marc Bisaillon s'est rapproché des «vraies» personnes, de celles qui ont réellement été touchées par le drame. Ils se sont parlé et ça s'est calmé. En même temps, il faut savoir se détacher. De plus, depuis sa sortie, le film ne cesse de se promener dans les festivals. Les gens des autres pays le regardent vraiment comme on regarde une fiction.» Et l'actrice, comment a-t-elle vu cette œuvre? Comment s'est-elle perçue dans un rôle aussi brusque, voire même «méchant»? «Quand j'ai vu le film, et que je me suis aperçue à l'écran, je me suis dit: Mais, mon Dieu, elle est détestable! Faites quelque chose! Je suis encore un peu étonnée d'avoir joué une femme aussi différente de moi. C'est d'ailleurs un des rares personnages que j'ai joués qui n'était pas nécessairement aimable.»
Mais, même si le rôle sortait de l'ordinaire, Hélène Florent dit avoir suivi sa méthode de travail habituelle: «Je commence toujours par construire mes personnages de l'intérieur. Puis, tout à coup, ils grandissent. Je les adopte et je les apprivoise petit à petit, en essayant d'être le plus sincère possible. Il y a des personnages pour lesquels c'est facile alors que, dans ce cas-ci, ça ne l'était pas du tout!»
Amour haine
Au premier abord, l'actrice ne se voyait pas du tout dans la peau de cette prostituée à la conduite peu admirable. «La première fois que j'ai lu le scénario, je ne pensais pas y arriver. J'avais peur que les spectateurs n'y croient pas. Alors j'ai décidé de prendre le parti de cette femme. Je me suis dit que c'était quelqu'un qui voulait se sortir de sa vie misérable, mais qui avait de très mauvaises fréquentations.»
Le résultat? «Finalement, le film a été très bien accueilli, et même ceux qui ne l'ont pas aimé de bout en bout m'ont fait de bons commentaires pour mon travail. C'est très gratifiant!»
Hélène Florent ne fait visiblement pas partie de celles que la difficulté effraie: «Au contraire! Plus un personnage est différent de moi, plus j'ai envie de l'incarner et de me jeter tête première dans le projet. Pouvoir me retrouver dans des situations qui ne m'arriveraient jamais dans la vie, ça me donne le goût de travailler extrêmement fort. Des rôles comme ça, ce n'est pas rassurant... mais c'est vraiment attirant!» |