Entrevues parues dans le magazine Primeurs
Fanny Mallette
Émotions à fleur de peau
Par Toby Leclerc
Dans Les sept jours du talion, qui sort en salles le 5 février, elle incarne une mère dépassée par la mort terrible de sa fille. Rencontre avec une actrice qui a dû laisser couler des flots de larmes durant toute la durée du tournage.
Après Sur le seuil et 5150, rue des Ormes , tous deux adaptés au cinéma par Éric Tessier, voici qu'un troisième roman de Patrick Senécal s'apprête à prendre vie sur nos écrans. Les sept jours du talion , un des films les plus attendus de l'année, est l'histoire d'un couple heureux (Claude Legault et Fanny Mallette) qui voit sa vie prendre une tournure horrible le jour où leur fille se fait kidnapper et assassiner. Par désir de vengeance, le père enlèvera à son tour le meurtrier et lui fera subir 7 jours de tortures. Réalisé par Podz ( Minuit le soir ), ce suspense risque fort de troubler le public.
Angoisses et larmes
« Je n'avais pas lu le roman, seulement le scénario, raconte Fanny Mallette. Puisque mon personnage reste un peu en retrait, je ne voulais pas me plonger à fond dans cette histoire, qui est tout de même très rude! Il faut dire que je n'ai pas beaucoup de distance avec ce sujet-là puisque j'ai moi-même des enfants. J'ai trouvé ça vraiment épuisant. Si j'avais lu le livre en plus, je ne crois pas que je m'en serais remise! » Et ce, même si la durée du tournage était courte? « J'ai tourné seulement pendant une semaine. J'étais toujours dans le même lieu, c'est-à-dire dans la maison. Je devais jouer des sentiments vraiment très intenses. Je n'ai qu'une scène où je ne suis pas triste. C'est celle où on voit que les parents sont heureux, parce qu'ils sont avec leur fille. Mais après cela, c'était tout le temps l'angoisse, les larmes… »
Bien épaulée
Même si c'est la première fois que Fanny Mallette et Podz se retrouvaient ensemble sur un plateau de cinéma, ce n'était pas la première fois qu'ils collaboraient l'un avec l'autre. En effet, pendant une demi-journée, le cinéaste et l'actrice avaient conçu un court-métrage dans le cadre de Fais ça court! à Télé-Québec. « On s'était vraiment très bien entendus et c'est pourquoi j'ai été extrêmement heureuse d'avoir la chance de retravailler avec lui pour Les sept jours du talion . C'est un excellent directeur d'acteurs. Il n'a pas besoin de dire grand-chose pour qu'on comprenne ce qu'il veut et, en même temps, il est prêt à essayer plein de choses. »
Selon Fanny Mallette, Podz prenait le temps de parler avec son équipe entre les prises afin de s'assurer que tout le monde était satisfait, que ce soit les techniciens ou les interprètes. « Il demande souvent l'avis de ses acteurs et s'assure toujours que l'on soit tous à l'aise, explique-t-elle. C'est très important de se sentir en confiance sur un plateau. Moi, par exemple, il fallait que je pleure beaucoup. Pleurer une fois, ça va, mais pleurer deux, trois, quatre fois dans la même journée, ça peut être difficile! Ça prend des épaules solides à la réalisation pour être capable de sortir ça des acteurs. »
Deux points de vue
Les sept jours du talion n'est pas tellement un film sur la pédophilie, mais une réflexion sur le deuil et l'onde de choc qu'un tel drame peut déclencher au sein d'un couple : « D'un côté, on voit le besoin de vengeance de l'homme et, de l'autre, le besoin de vivre le deuil et de passer à autre chose, ce que fait la mère, explique Fanny Mallette. Elle n'est pas d'accord avec son conjoint et c'est ce qui les mènera à s'éloigner l'un de l'autre. »
Pourtant, l'actrice ne porte pas de jugement sur les personnages : « Dans des situations comme celle-là, on ne sait pas comment on réagirait, c'est très extrême. »
Une question difficile
Les sept jours du talion soulève de nombreuses questions sur le thème de la vengeance. Comme le souligne Fanny Mallette, le thème est très complexe. « Lorsque des événements aussi terribles surviennent, il est extrêmement difficile pour les parents d'y faire face. Certains sont capables de pardonner, mais d'autres espèrent sûrement pouvoir un jour se venger du mal que quelqu'un a fait à leur enfant. » L'actrice elle-même a été très remuée par le scénario. « C'est un sujet bouleversant et, en plus, j'ai appris que j'étais enceinte seulement quelques jours avant le tournage! Disons que c'était un tournage très, très émotif. »
