Entrevues parues dans le magazine Primeurs
Jean-Marc Vallée
Un cinéaste qui voit grand
Par Toby Leclerc
Quatre ans après C.R.A.Z.Y. , il nous fait (re)découvrir l'histoire avec Victoria – Les jeunes années d'une reine . Rencontre avec un réalisateur québécois dont la renommée dépasse nos frontières.
Quatre ans après l'énorme succès de C.R.A.Z.Y. , Jean-Marc Vallée nous invite dans l'Angleterre des années 1830 afin de découvrir le fabuleux destin de la reine Victoria. Ce drame d'époque ( The Young Victoria , en version originale anglaise) dresse le portrait d'une jeune femme exceptionnelle qui, à 18 ans à peine, accède au trône d'Angleterre. L'histoire d'amour passionnelle que la souveraine vit avec son cousin, le prince Albert, occupe également une place très importante du récit.
Pour ce film, qui a été coproduit par Martin Scorsese et tourné en Angleterre où la première a eu lieu en mars dernier, Vallée a fait appel à Emily Blunt pour personnifier la reine. On a d'ailleurs pu voir cette actrice britannique dans Le Diable s'habille en Prada ( The Devil Wears Prada ) ou encore, dans Nettoyage Sunshine ( Sunshine Cleaning ). C'est Rupert Friend, le jeune homme qui jouait aux côtés de Michelle Pfeiffer dans Chéri , qui endosse quant à lui l'habit du prince. « Il semble y avoir une bonne réception, je suis content! », nous a confié Jean-Marc Vallée lors du dernier Festival international du film de Toronto, où le film était projeté en clôture.
Un autre portrait de famille
Même si le décor est d'époque, il ne faut pas s'attendre à voir un drame qui ne parle que d'histoire. « On savait qu'il fallait se focaliser sur les personnages, raconte le réalisateur. Il ne fallait pas que l'histoire avec un grand H prenne le dessus. Il fallait que l'histoire avec un petit “h”, le storytelling , surtout celui concernant la romance, soit la chose la plus importante. C'est un portrait de famille. »
Quant à savoir s'il existe des ressemblances entre sa toute nouvelle œuvre et la précédente, qui avait fait fureur auprès du public, Vallée avoue qu'il y en a en effet plusieurs. « Les personnages font la même chose que ceux de C.R.A.Z.Y. Les relations entre les membres de la famille sont les mêmes. On s'aime, on se hait, on se déteste, on s'engueule. Un exemple : le roi, à son anniversaire avec un verre dans le nez, envoie promener sa belle-sœur. C'est direct et c'est effronté. C'est comme dans une scène de C.R.A.Z.Y. où tout le monde est beau et où le père chante pour la millième fois Hier encore . »
La capacité d'émouvoir
On pourrait croire que certains réalisateurs choisissent les scénarios qu'ils vont tourner selon les chances qu'ils ont de gagner de l'argent, ou pas, au box-office. Pourtant, Jean-Marc Vallée insiste sur le fait que ce qu'il privilégie avant tout dans un récit, c'est sa capacité à émouvoir. « Je recherche les belles histoires. Je cherche la beauté qui touche, non pas parce que c'est triste, mais bien parce que c'est beau. Pour moi, C.R.A.Z.Y . était un très bon exemple. C'est émouvant, ça amène la larme à l'œil et ça fait briller la pupille. »
Vallée souligne que Victoria fait assurément partie de ces histoires qu'il qualifierait de « belles »… et même plus. « Victoria et Albert s'aimaient tellement! Lorsqu'il est mort, elle a vécu un deuil profond qui, finalement, aura duré 20 ans! Elle a passé les deux premières années à s'angoisser parce qu'elle était convaincue qu'elle avait perdu son âme sœur. Elle écrivait des lettres dans lesquelles elle disait vouloir le rejoindre dans une autre vie. En gros, elle voulait se réincarner. En 1860! »
Le réalisateur aurait-il l'âme romantique? « Imaginez-vous : c'était un mariage arrangé puis, tout à coup, les deux époux se mettent à s'écrire des lettres, puis ils se rencontrent et tombent amoureux. Qui n'aurait pas aimé vivre cela?! »
Ici ou ailleurs?
Lorsqu'on lui demande s'il préfère travailler au Québec ou aux États-Unis, Jean-Marc Vallée s'exclame : « Partout! » Il confie néanmoins que le fait de travailler aux États-Unis possède ses avantages : « Ce qui est intéressant avec eux, c'est que l'on sent que ce qu'on raconte va être écouté et regardé partout à travers la planète. Parce qu'on sait que le système de distribution est là. Alors, on se dit que si on choisit de raconter une histoire et que le monde entier va la voir, on va avoir une espèce d'influence. Je trouve que c'est vraiment intéressant de réaliser des films dans cette optique. »
